ALCOOL NOCIF MÊME AVEC MODÉRATION

À consommer avec modération, qu’ils disaient…

Article paru dans le journal nº 54  Acheter ce numéro
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Alors que de récentes études montrent que l'impact de la consommation importante d'alcool sur la santé est bien plus grave que ce qu'on imaginait jusqu'ici, l'addiction à l'alcool reste un réel problème, en France comme ailleurs. Objet d'autant de déni que de souffrance individuels, cette dépendance est une des plus difficile à combattre. Pourtant, en parallèle d'une prise en charge adaptée, des solutions existent pour mettre toutes les chances de son côté.

Est-ce le fruit des campagnes de prévention ou juste l’évolution des modes de vie, toujours est-il que la consommation d’alcool n’a cessé de décroître depuis 30 ans. À la radio, à la télé ou dans la presse écrite, impossible d’évoquer l’alcool sans le slogan « à consommer avec modération ». Pourtant, des études semblent dire que même à faible dose, l’alcool est nocif en raison de l’éthanol qu’il contient et que nous transformons par voie enzymatique en une molécule cancérigène, l’acétaldéhyde. Pire : en quantité, la consommation d'alcool encourage la démence et la maladie d'Alzheimer. Autant de raisons pour se défaire de ce faux ami parfois très envahissant.

L’éthanol : bon pour les moteurs, beaucoup moins dans notre corps

Les études ne manquent pas qui montrent que l’éthanol de nos chères boissons alcoolisées est assez peu « biocompatible » . En fait, il peut tout simplement tuer, dans l’instant par le coma éthylique, ou sur le long terme avec des cirrhoses du foie, des cancers, des maladies du système nerveux… Faut-il rappeler que dans l’industrie, l’éthanol sert de solvant, de combustible, de désinfectant, ou de matière première dans la synthèse de produits chimiques ?

Mais les légendes ont la peau dure : le vin rouge bénéficie toujours d’une réputation salutaire vis-à-vis des maladies cardiovasculaires, au point que des professionnels de santé continuent de recommander à leurs patients cardiaques de boire un « petit ballon » de rouge régulièrement. La fameuse eau de vie, qui ne s’appelle quand même pas comme ça pour rien, n’a-t-elle pas elle aussi la réputation d’avoir fait des centenaires dans tous les petits villages de France où il était de tradition de distiller la mirabelle, la cerise ou la pomme ? Concernant le vin rouge à dose modéré (1 à 2 verres par jour), des études épidémiologiques ont montré un bénéfice sur la santé cardiovasculaire, mais elles sont critiquées pour leur méthodologie (d'autres "variables cachées" dans le mode de vie général des buveurs modérés expliqueraient les bénéfices santé).

L’alcool endommage l’ADN, augmente les risques de démence et d’Alzheimer

La revue Nature vient quant à elle de publier une étude (1) britannique sur des souris qui démontre que l’acétaldéhyde, ce sous-produit du métabolisme de l’alcool, porte atteinte aux cellules souches hématopoïétiques (les cellules à l’origine de toutes les lignées de cellules sanguines). Normalement, le corps se défend contre l’acétaldéhyde à l’aide d’enzymes appelées acétaldéhyde déshydrogénases (ALDH), qui le convertissent en acétate, utilisable par l’organisme pour produire de l’énergie.

Mais au-delà d’une certaine consommation d’alcool, ce système de défense se retrouve débordé, et dès lors, n’étant plus décomposé, l’acétaldéhyde s’accumule dans les cellules, où il provoque des ruptures dans le double brin d’ADN , de façon permanente semble-t-il. Une partie de la population mondiale présente, par ailleurs, une mutation génétique relative à ces enzymes, qui l’empêche de métaboliser l’acétaldéhyde. Nous ne sommes donc pas tous égaux devant l’alcool et ses conséquences. Conséquence : pour un certain nombre de personnes, même la consommation modérée d'alcool augmente les risques d'un certain nombre de cancers (bouche, gorge, estomac, sein, etc.)

Une étude de février 2017 de l’INSERM publiée dans The Lancet (2) a analysé une base de 31 millions d’adultes hospitalisés entre 2008 et 2013, dont 1,3 million étaient affectés de démences et 950 000 présentaient une consommation excessive d’alcool (pour 85 % d’entre eux une dépendance). En croisant ces données, les chercheurs ont conclu que la consommation excessive d’alcool (six verres par jour ou plus pour les hommes, 4 verres ou plus chez les femmes) était associée à un triplement du risque de démences (notamment les démences précoces, avant 65 ans) et un doublement de celui de développer la maladie d’Alzheimer.

Faut s’accrocher pour s’en sortir !

Si la consommation globale d’alcool a baissé, c’est l’arbre qui cache la forêt ;l’alcoolisme reste un vrai problème de société, notamment chez les jeunes , qui connaissent l’ivresse plus tôt et plus souvent que leurs aînés. Mais quel que soit son âge, la personne alcoolique n’entreprend généralement une démarche de soin que sous la pression, d’un médecin ou de son entourage familial, ou suite à une injonction.

 

L’ironie, c’est que l’alcool a été d’abord une réponse à la souffrance, la vie semblant impossible sans lui, et qu’en même temps, l’alcool la rend encore plus difficile. Comment aider dans de telles conditions ? Certainement parune prise en charge complète, intégrant le volet de la dépendance physiologique, mais aussi celui de la dépendance psychologique. Rechercher l’abstinence, oui, mais en aidant le « malade » à guérir de la douleur psychique qui sous-tend son addiction à l’alcool.

Par où commencer ?

Une psychothérapie est fortement conseillée. La souffrance psychique étant la « racine du mal », il serait illusoire de vouloir améliorer les choses sans traiter aussi cet aspect . Outre une psychothérapie classique, un accompagnement peut aujourd’hui se faire par des canaux variés comme l’hypnose et autres thérapies brèves, complétées par de l’acupuncture ou de l’auriculothérapie. Attention cependant au choix du professionnel, car ce sont des segments sur lesquels on trouve beaucoup de monde… Une récente synthèse de l’université City de Londres et parue dans la Clinical Psychological Review (3) recense une trentaine d’études sur l’utilisation de la technique dite de « pleine conscience » (mindfulness), par exemple, pour réduire les addictions. Elle conclut à l’utilité de ce type de technique sur le manque et l’envie, notamment par son impact sur le fonctionnement de notre mémoire de court terme. Des effets positifs de la méditation de pleine conscience ont également été démontrés sur le tabac. (4)

Selon le degré de dépendance, un sevrage hospitalier est quelques fois indispensable, avec un suivi par un(e) addictologue. Dans ce cas, difficile d’échapper aux médicaments spécifiques. Mais quand on n’en est pas encore à ce stade, certaines plantes peuvent aider nerveusement, à faire face au besoin ou à l’envie d’alcool , et générer un début de bien-être salutaire. Parmi elles, citons l’éleuthérocoque, la schizandra, l’ashwagandha, l’astragale, mais aussi le millepertuis, l’aunée ou le ginseng.

Détoxifier et protéger le foie

Côté physiologique, l’essentiel est d’abord de protéger le foie, en première ligne dans ce genre de situation. Si ses tissus sont connus pour pouvoir se régénérer, l’alcool peut pourtant en venir à bout avec la cirrhose. Celle-ci commence par une infiltration graisseuse de l’organe, qui inactive progressivement les cellules hépatiques jusqu’à ce que le foie dégénère complètement en nodules et en tissu conjonctif (ou cicatriciel). L’arrêt immédiat de l’alcool devient alors une question de survie.

Afin d’aider le foie et éviter qu’il ne dégénère, il faut le « dégorger » de tout ce dont il est surchargé depuis des mois , souvent des années. Pour le détoxifier de l’acétaldéhyde, la N-acétyl-cystéine (N.A.C) apporte de la cystéine, qui servira à l’élaboration interne de glutathion, sans doute l’antioxydant et détoxifiant hépatique le plus puissant. À associer à la vitamine C pour en augmenter le potentiel. Un multivitamines et minéraux est généralement indiqué aussi. Par la suite, on pourra stimuler les fonctions de drainage hépatique avec des plantes spécifiques, qu'il s'agisse d'une cure de fumeterre, de chrysantellum, d’artichaut ou de chardon-Marie. Un autre grand protecteur hépatique est le desmodium.

 

Attention au piège sucré

L’alcool entraîne presque toujours à moyen et long terme un trouble du métabolisme de type pré-diabétique. Les hypoglycémies sont monnaie courante quand on arrête la boisson, et l’envie est forte de compenser avec des sucreries . Malheureusement, si celles-ci aident à limiter le besoin d’alcool, elles ne feront qu’aggraver le trouble métabolique. Gymnema sylvestris est une plante remarquable pour contrôler ces envies sucrées et soutenir le métabolisme pour qu’il se remette sur ses rails.

Indispensable kudzu

Cette plante vivace (Pueraria lobata) originaire d’Asie du Sud-Est est connue depuis des siècles comme une plante médicinale aux vertus multiples, particulièrement compétente dans la désaccoutumance à l’alcool . L’administration de poudre de racine de kudzu diminue l’envie d’alcool, sa consommation, et modère les effets du manque apparaissant pendant une cure de sevrage. Elle exerce aussi une action positive sur le diabète et semble stimuler les défenses immunitaires, deux actions toujours bonnes à prendre en cas d’alcoolisme.

L’action de la racine de kudzu, bien qu’encore peu comprise, a été confirmée par plusieurs études (5). Elle porte notamment sur le système nerveux central, profondément malmené par l’alcool ; ce dernier se lie directement sur les récepteurs de l’acétylcholine, de la sérotonine, du GABA, et sur les récepteurs NMDA du glutamate, essentiels au modelage du système nerveux et à la plasticité synaptique. Pas étonnant donc que l’alcool arrive à modifier profondément le caractère et le comportement d’une personne, et provoque à terme des troubles neurologiques …

La racine de kudzu semble contrebalancer en partie ces méfaits ; peut-être en modulant les taux de neurotransmetteurs tels la dopamine, la sérotonine et le GABA, entraînant un effet calmant et antistress . Certains des très nombreux composants du kudzu (des composés osidiques, des isoflavonoïdes, des terpènes, des phytostérols…) se substituent, sur les récepteurs nerveux, aux substances addictives de l’alcool, pendant que d’autres interviendraient dans la dégradation de l’acétaldéhyde.

Le kudzu devrait donc prioritairement faire partie du « kit de survie » en situation de dépendance à l’alcool.

 

Carnet d’adresses :

Association pour le Développement de la mindfulness

N-acétyl-cystéine

Kudzu

Gymnema (en pharmacie, par exemple chez Arkopharma).

Extraits de fumeterre, chrysantellum, artichaut ou chardon-Marie (en magasin bio, pharmacie ou herboristerie)

 

Bibliographie :

1 "Alcohol and endogenous aldehydes damage chromosomes and mutate stem cells", Nature.

2. "Contribution of alcohol use disorders to the burden of dementia in France 2008–13: a nationwide retrospective cohort study"

3. "Mindfulness and craving: effects and mechanisms"

4. "Effects of a brief mindfulness-meditation intervention on neural measures of response inhibition in cigarette smokers"

5. André Picot, "La sagesse des plantes. Monographie numéro 1 Le kudzu", disponible sur www.atctoxicologie.fr et  "An extract of the chinese herbal root kudzu reduces alcohol drinking by heavy drinkers in a naturalistic setting, 2005 et “A standardized Kudzu extract (LPI- 031) reduce alcohol consumtion in non treatment-seeking male heavy drinkers"Psycopharmacology. 2013

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Ces informations ne se substituent pas à une consultation médicale.

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